40 ans de la première ronde des Mères de la place de Mai- Le Vif-Presse Belge

2-portraits

Le 30 avril 2017, cela fera 40 ans que les Mères de la Place de Mai ont commencé leur première ronde sur la plaza de Mayo dans le centre de Buenos Aires, en Argentine. Un rassemblement où quatorze courageuses femmes ont bravé l’état d’urgence pour demander à la junte militaire ce que sont devenus leurs enfants disparus.

La dictature militaire qui a sévit dans ce pays –de 1976 à 1983- est responsable de la disparition de 30 000 personnes en pleine période de Guerre Froide où il était assez simple d’être considéré comme subversif par les militaires. Il fallait donc les incarcérer, les torturer, s’en débarrasser d’une balle dans la nuque avant de les enfouir dans des fausses communes gardées secrètes, ou bien encore les jeter dans le vide depuis un avion au-dessus de la mer ou du Rio de la Plata.

Ces mères, 40 ans plus tard, continuent à faire la ronde coiffées de leur emblématique foulard blanc en réclamant justice et en scandant le fameux « Nunca Más » (Jamais Plus). Un Nunca Más qui transcende les frontières et les cultures s’adressant à tous ceux qui ont connu l’extrémisme et la dictature sous toutes ses formes. Si ce Nunca Más est lourd de sens, c’est justement parce que les Mères de la Place de Mai savent que la vie est un cycle et que les atrocités de l’histoire peuvent se répéter.

Après avoir passé onze ans de ma vie en Argentine, un pays qui m’a plus donné que ce que j’ai pu réellement lui donné, j’ai la chance d’être en contact permanent avec certaines de ces Mères de la Place de Mai. Je n’entretiens avec elles aucunes relations d’amitié, juste du respect par rapport à leurs histoires, à leur combat pour la justice et une grande curiosité journalistique.
L’une d’entre elle qui a combattu toute sa vie dans le monde entier pour la cause des desaparecidos de la dictature militaire et des Droits de l’Homme (et que j’ai interviewé dernièrement pour un reportage à paraître dans le magazine belge Le Vif) m’a récemment demandé comment la France avait pu amener le FN au second tour des élections. Difficile à expliquer sans sombrer dans la honte. J’espère simplement que le dimanche 7 mai j’aurai l’opportunité de relever la tête en expliquant à cette Mère de la Place de Mai qu’une fois encore le FN a été repoussé.